L’oeuvre du Centre Missionnaire  
La vocation du Centre Missionnaire  
   

La vocation du Centre Missionnaire peut être résumée par le mot «signe» :
«Etre un signe de l’actualité de l’évangile.»

Fondateur, et Président du Centre Missionnaire depuis sa création, le Pasteur Yvon Charles en connaît mieux que quiconque la vocation.
Le texte qui suit est tiré d’une interview publiée dans le Document «Expériences» n° 110, paru en 1998, rétrospective alors de plus de 30 années de vie du Centre Missionnaire.

   

«La vocation du Centre Missionnaire est née de ma vocation propre et de la «vision» spirituelle que le Seigneur m’a donnée ; je la typifierai donc par le mot «signe» ; être signe, au milieu des hommes de ce temps, de l’authenticité et de l’actualité du message de l’Evangile et de l’oeuvre et du dessein de Dieu qui se poursuit d’âge en âge.

Le journalisme m’avait conduit, et plus encore depuis lors, dans bien des lieux et bien des milieux, et j’avais été frappé de ce qui me semblait être le déphasage, l’inadéquation de beaucoup d’églises et d’oeuvres par rapport aux préoccupations et à la vie des hommes et femmes de ce temps.

Mon souci a donc été pour la part modeste qui m’a été confiée, d’essayer de leur adresser un signe qui les amène à réfléchir sur leur destinée, à s’arrêter pour faire le point, à mesurer la vanité d’une vie en dehors du dessein de Dieu... Et peu à peu, d’une manière très forte, très profonde, est née en moi ce que l’on peut appeler la «vision» d’un centre missionnaire avec ses trois points de repère :

– Prêcher le message simple et vivant de la Bonne Nouvelle de l’Evangile à chaque être humain, en insistant pour les chrétiens sur la nécessité de vivre dans la présence sainte de Dieu, à obéir réellement à sa Parole, dans une foi simple, vraie et pleine d’espérance, à retrouver les «anciens chemins» de l’Evangile éternel.
– Edifier une équipe d’hommes et de femmes qui, partageant cette vocation, unis en Christ, oeuvreraient ensemble dans ce but, essayant de tout leur coeur, par la grâce de Dieu, de réaliser en vérité et concrètement dans la vie quotidienne cette parole de l’Evangile : «Aimez-vous les uns les autres ; à ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres».
– Etablir un lieu où l’on pourrait vivre ensemble l’Evangile dans la communion fraternelle, dans le partage, la complémentarité des ministères et aussi où l’on pourrait 24 heures sur 24 accueillir tant celui qui a besoin de s’arrêter pour méditer, pour prier, que celui qui cherche, ou le pauvre, le marginal qui a besoin d’un repas et d’une chambre pour passer la nuit.

Ce lieu devenant donc un lieu signe par son existence, tout d’abord, par son rayonnement ensuite.»

Pourquoi avoir choisi le nom de «Centre Missionnaire» ?

«Cette appellation est venue tout naturellement, comme l’oeuvre n’est pas seulement un lieu d’église, mais un lieu missionnaire par essence, où l’on vient et d’où partent de nombreuses actions ; le mot «Centre» étant celui qui symbolise le plus cette vocation et le mot «Missionnaire» qui en définit l’orientation.»

«Pasteur-ouvrier», à l’exemple de ce que fit l’apôtre Paul...

«Deux points importants sont à souligner :
C’est que, après avoir répondu à l’appel de Dieu et m’être préparé pour le pastorat suivant le cursus habituel, dès les commencements la pensée de l’évangélisation de la Bretagne a été constamment présente, et nous a amenés et nous amène à faire beaucoup en ce domaine.
Une seconde pensée fut tout aussi forte : celle d’établir des contacts avec les différentes églises et en particulier les églises dites «historiques», et ce pas seulement sur le plan régional et national, mais également international.
Puis-je me permettre de vous faire remarquer que tout ceci était une gageure quand l’on se souvient que nous n’étions qu’une infime poignée alors que nous envisagions la construction d’un centre missionnaire. Or, j’avais établi comme base pour nos vies et la vie de l’oeuvre que nous devions matériellement pourvoir nous-mêmes à nos besoins ainsi que saint Paul l’avait appris à ses compagnons, d’où la base posée de «pasteur-ouvrier», et de plus nous ne voulions faire aucun appel d’argent ni par journaux, revues ou circulaires...

Car j’avais été très désagréablement impressionné par le jugement sévère que dans nos pays occidentaux la plupart portaient sur la religion et l’argent, et par l’hypothèque qui pesait sur le monde religieux à cause de cela.

J’avais donc décidé, de la manière la plus claire, de prêcher «gratuitement» l’Evangile et de travailler autant que je le pourrais et aussi longtemps que je le pourrais pour que cela soit. Et ce fut plus tard la base adoptée pour toute la communauté missionnaire du Centre. J’ai été personnellement pasteur et journaliste professionnel pendant quelque dix ans jusqu’à ce que, l’oeuvre ayant tellement grandi, les activités devenues si nombreuses et diverses, j’aie dû répondre à ce qui était clairement la volonté de Dieu et une nécessité dans le domaine de la santé car l’ampleur de la tâche m’épuisait ; c’était également devenu une nécessité pour l’exercice du ministère. J’ai donc laissé le journalisme professionnel, mais ce fut vraiment par obéissance, car j’aurais aimé, ainsi que le fit souvent saint Paul, tout au long de ma vie, m’auto-suffire sur le plan matériel.»

Comment la vocation du Centre Missionnaire s’est-elle concrétisée, dans la pratique? Son implantation en plein coeur de la Bretagne, a-t-elle été le fruit d’une volonté délibérée?

«Pourquoi au coeur de la Bretagne ? Certainement pas par choix personnel ! J’aurais à vues humaines préféré aller ailleurs ! Mais au plus profond de moi-même s’était développé le désir, la volonté de relever les anciennes ruines. Le texte d’Esaïe (chapitre 58) s’était imposé à moi.

En effet, alors que dans le journalisme, je sillonnais toute cette partie de la Bretagne occidentale, j’avais été frappé et attristé par les ruines envahies par les ronces de l’oeuvre évangélique du Guilly sise à quelque 15 kilomètres de Carhaix ; après ma conversion, plus d’une fois mon coeur s’est serré lorsqu’en voiture, je passais devant ces bâtiments délabrés ; plusieurs fois j’ai fait monter vers Dieu une prière instante demandant au Seigneur que soient relevées ces ruines. Je savais que plus loin, à quelques kilomètres, un ancien petit temple était devenu une étable...

Comment ces lieux de rayonnement de l’Evangile avaient-ils pu péricliter et devenir de tels contre-témoignages ! Cette pensée était tellement forte dans mon coeur que nous sommes allés nous informer dans l’espoir de pouvoir racheter les ruines pour reconstruire... Ce projet n’a pas pu aboutir. Ce qui fut d’ailleurs un bien car cette oeuvre mission-école du Guilly se trouvait dans un hameau en pleine campagne et le lieu n’aurait pas été adapté pour y édifier un centre missionnaire, de par sa localisation, et son exiguïté.

C’est donc à Carhaix et alentour que nous avons porté notre effort.»

Carhaix lieu central, l’ancien Vorgium des Romains.

«Nous n’avions pas d’argent et ce fut entièrement par la foi que nous avons tout envisagé avec la certitude que Celui qui nous avait appelés agirait avec fidélité et nous nous sommes donc mis à chercher des terrains dans tous les environs de Carhaix. Est-ce utile de souligner qu’un certain nombre de personnes, je ne parle pas des non-croyants, tournaient en dérision notre démarche de foi. Un pasteur n’a-t-il pas été jusqu’à dire: «Peut-il sortir quelque chose de bon de Bretagne ?» Mais nous n’en avions cure, et quand plus tard fut construit le Centre Missionnaire, plusieurs s’en réjouirent, mais d’autres, manifestement, eurent des sentiments peu iréniques de jalousie.

Ce fut une épopée de la foi vécue dans une joie qui nous transportait, mais ce furent aussi des temps de combats, d’épreuves, de craintes même et selon les moments, notre projet de construction voyait sa surface grandir ou rétrécir sur les plans que nous faisions...

C’est ainsi qu’en 1966, après plusieurs années de cheminement et de préparation à l’école de Dieu, nous achetâmes sur une colline toute proche de Carhaix un terrain en pente, alors champ et lande, avec un vieux poulailler en ruine à son sommet.

«Acheter !» Car nous avions acheté, mais en fait nous n’avions pas d’argent, et nous avions eu un très modeste prêt qui nous permit d’établir le compromis de vente... Et pourtant, en juillet l’année suivante, en 1967, le bâtiment principal était construit, et nous accueillions pour une grande mission d’évangélisation de toute la contrée quelque 50 jeunes Suédois qui venaient par le chant et le témoignage nous prêter main forte, et vivre eux-mêmes un temps de recueillement et de retraite spirituelle au milieu de nous.

Bien des bâtiments se sont ajoutés depuis lors, bâtiments que nous avons construits de nos propres mains, mais toujours sur la même base de la marche par la foi, sans faire d’appel d’argent ni par revues, circulaires etc.»